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MUSIQUE >> ANALYSES d'Oeuvres

>> CHANSON : "Aquéli mountagno" ou encore "Se Canto"

 

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Cette chanson est sans doute la plus connue de toutes les chansons d'Occitanie.

Il existe un grand nombre de versions différentes de cette chanson populaire, dans chaque région de France voir de l'étranger.

Cette chanson fait partie des mélodies que l'on fredonne à la veillée ou au travail et qui connaissent souvent des multitudes de variantes ; chaque village, chaque interprète donnant la version de son cru, changeant un mot, une phrase, voire un couplet... Aussi la mention du lieu où la chanson a été recueillie est-elle d'importance : elle a la modestie d'un inventaire.

Voici d'abord les différents titres que l'on peut trouver : (désignant la même chanson bien sûr !) >> Se canto ; Aquéli mountagno ; Aquelos mountagnos ; Aqueras montanhas ; Al founs de la prado ; Lou pastre ; Las mountagnos ; Consou noubialo ; Ardescha ; ...

Puis les paroles :

PS : Depuis des siècles, une question divise les populations occitanes : l'oiseau chante-t-il pour la mie du locuteur parce qu'elle est loin de ce dernier, ou au contraire proche de lui. Toutes les variantes du texte du refrain sont dues à cela. Mais bon, l'important n'est-il pas, en définitive, que l'oiseau chante bien ? ...

Pour nous écrire : >> N'hésitez pas à nous écrire si vous connaissez encore d'autres versions !


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ANALYSE proposée par Thibaut PLANTEVIN :

Origine :

Cette chanson d'amour est d'origine béarnaise. Une légende prétend que son auteur en serait Gaston III, Comte de Foix et vicomte de Béarn depuis 1343, dit Gaston PHOEBUS (30/04/1331-01/08/1391), surnom de Phébus (soleil) choisi pour illustrer sa blondeur et son désir de puissance. C'était un homme d'État puissant et indépendant. C'était aussi un homme très cultivé, un mécène entouré d'une brillante cour, passionné de chasse et ... de femmes. On dit que c'est sûrement pour se faire pardonner ses nombreuses infidélités qu'il écrivit ce chant destiné à son épouse retirée dans sa famille en Espagne, donc de l'autre côté des Pyrénées, des montagnes. Dans le premier volume de son recueil, CANTELOUBE émet l'hypothèse que ce grand seigneur aurait composé ce chant en l'honneur d'Agnès de Navarre, qu'il épousa en 1349.

Ce qui est sûr, c'est qu'elle est antérieure au 15ème siècle : en effet un universitaire de Tübingen a récemment découvert à Erfurt, dans un chartrier des années 1370-1420, une version en souabe (allemand)... La plus identitaire des chansons occitanes serait-elle une chanson populaire européenne ? Vue son évolution actuelle, elle semble en tous cas retrouver ses racines en s'exportant au delà des frontières françaises...

Aux temps de l'épopée du pastel, dans la région de Toulouse, les bateliers qui en faisaient commerce, chantaient cet air et l'ont ainsi colporté, en même temps que leur colorant rare et convoité.

Son implantation en Provence est "très récente" (fin 19ème siècle) (et Damase ARBAUD l'ignore).

NB : L'ouvrage de Louis LAMBERT "Chants et chansons populaires du Languedoc" fait quant à lui la distinction entre le chant pyrénéen, sur l'air duquel on chantait aussi d'autres paroles originaires de Toulouse (intitulées "Sul Pount de Nanto") et une chanson nîmoise ("La Font de Nimes"). L'air de cette dernière, quoique très proche, est différent de celui d'"Aquéli Mountagno". Les paroles nîmoises, qui évoquent les fameux Jardins de la Fontaine, semblent avoir été intégrées à la version provençale du chant béarnais, que l'on appelle d'ailleurs souvent, sur les bords du Rhône, "A la font de Nimes".
Il est plus probable qu'un tel arrangement, ainsi que son entrée dans le répertoire provençal, soit dû au Félibrige. C'est en effet dans le "Cansounié de la Prouvènço adouba pèr l'Escolo parisenco dou Felibrige", collecté et publié en 1901 par les jeunes félibres de Paris - Charles MAURRAS, Frédéric AMOURETTI, Jules RONJAT - qu'on semble trouver pour la première fois ce chant dans une publication provençale. A ce propos, Frédéric MISTRAL avait pris soin d'annoncer cette publication en 1894 dans le numéro 188 de son journal "L'Aioli".
Significativement, "Aquéli Mountagno" paraîtra ensuite dans "L'Armana Prouvençau" de 1904, avec une note signalant qu'il est "tiré du Cansounié de la Prouvenço qui vient de paraître". Ainsi introduite à l'est du Rhône, la chanson y a été définitivement intégrée au cours du XXème siècle grâce à un faisceau d'influences complémentaires... En outre, une version d'Auéli Mountagno se trouve bel et bien dans le recueil "Chante, chante" publié à Lyon en 1940 par l'association Jeune France, et qui circulait alors dans les milieux scouts et dans les chantiers de Jeunesse. Bien évidemment, le programme des groupes folkloriques parachèvera cette adoption.
Dans les pays d'Oc à l'ouest du Rhône (Languedoc toulousain, Gascogne-Béarn), cette chanson est maintenant considérée comme un véritable hymne identitaire et national. Il a même été officialisé dans le Val d'Aran, terroir pyrénéen où l'on parle un dialecte d'Oc mais qui est espagnol et dépend de la Generalitat de Catalogne. Le quatrième couplet fait désormais office de refrain.
Dans tous les cas, cette chanson a aujourd'hui traversé les frontières puisqu'on la retrouve dans de nombreux pays, traduite dans plusieurs langues, avec encore de nouvelles variantes de la mélodie sans doute dues à la déformation inévitable causée par la transmission orale ...

Analyse mélodique :

Tant dans les paroles que dans les mélodies qui sont parvenues jusqu'à nous, on retrouve des constantes qui doivent porter en elles le souvenir de leurs origines, mais, chose curieuse, les textes et les musiques semblent se rattacher à deux sources différentes, comme si deux chansons avaient cohabité avant de s'imprégner l'une de l'autre, pour donner naissance à un foisonnement de versions.
Deux thèmes récurrents nous paraissent pouvoir être dissociés, dans les diverses versions :
- une histoire d'amoureux séparés par des montagnes qui s'abaisseront...
- une autre histoire d'amour portée par le chant d'un oiselet, sous la fenêtre...
Ces thèmes se sont enrichis, notamment celui de l'oiseau que l'on retrouve, au gré des périples du chant, sur le pont de Nantes ou à la fontaine de Nîmes.
Le thème des montagnes se retrouve toujours dans les variantes mélodiques significatives (voir « Aquèras montinas »), tandis que celui de l'oiseau colle systématiquement avec l'air le plus répandu, utilisé pour le refrain.

Prenons l'exemple de la mélodie la plus répandue :

Analyse rythmique et formelle :


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Écoutes comparatives de plusieurs versions de cette chanson :

Titre
Lieu
Interprète
Édition
Écoute
Commentaire

Se canto
(traditionnel)

PROVENCE
Nombreux ...
Collectage
COUSTADOUS

2007

  Version ancienne avec instruments traditionnels, choeur d'hommes à 5 voix
Le groupe Barcatraille
1997
Version folklorique
Jan-Nouvè MABELLY
Fuzeau, 1998
  Version synthétique
Les petits chanteurs
Version chorale
Jean-Bernard PLANTEVIN
Croupatas, 2000
Version quatuor vocal masculin à 4 voix et une guitare
Corou de Berra
  Deux versions enregistrées : choeur mixte
AUTRES REGIONS DE FRANCE
Patric
Aura Production
Version languedocienne
Las mountagnos     Pyrénées
 
Traduction en français
AUTRES PAYS
Elève de 4ème du collège E.Triolet de Champigny sur Marne (94)
En arabe (collectage banlieue parisienne)

+ Bientôt : Vidéo du spectacle de fin d'année des Musichorales 2002 où le collège de la Bastide du Tron de Marignane (13) interprète la chanson "Se canto".


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TÉLÉCHARGEMENTS PROPOSÉS :

NB : Pour télécharger les fichiers suivants, il vous faut un mot de passe que vous obtiendrez gratuitement en nous écrivant à : zictrad@fr.st
Partition :
Mélodie
Choeur (quatuor vocal hommes)
Galoubet
Fichier midi :
Mélodie
Complet
Play-Back

Pour en savoir plus :

Pour nous écrire : >> N'hésitez pas à nous faire part de vos remarques ou des informations supplémentaires afin d'améliorer cette analyse...


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Et maintenant, à vous de jouer !

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